L’approche territoriale est souvent connectée à l’analyse de la proximité dans laquelle la position de l’acteur est importante. Dans le cas du secteur de l’économie sociale et spécifiquement celui de l’insertion par l’économique, la territorialité se traduit par la mise en place d’un mode organisationnel où gouvernance et régulation sont en interaction. Force est de constater que l’insertion par l’activité économique s’inscrit comme une variable d’ajustement et tend à apporter des réponses en matière d’insertion social et professionnelle pour les populations les plus fragilisées par le fonctionnement de marché classique (Enjolas 2005).
Le développement d’une politique d’insertion par l’économique nécessite la coexistence de deux catégories d’acteurs : le gouvernement (souvent local) et les opérateurs (souvent issus du monde associatif, coopératif ou mutualiste). Dans ce contexte, Vaesken et Zafiropoulou (2008a et 2008b) ont proposé un modèle, relatif aux typologies d’innovation sociale, qui met en relation les problématiques liées à la gouvernance avec les besoins de régulation. Ce modèle décline quatre modes d’articulation donnant lieu à des voies de développement de l’innovation sociale. Or, il importe de préciser que ces types d’innovation sociale ne fonctionnent que parce qu’ils sont force de mobilisation d’acteurs ayant des intérêts dans le développement de l’économie sociale et solidaire sur un territoire donné. C’est ce modèle que nous d’expérimentons dans le cadre du secteur de l’insertion par l’activité économique.
De fait, la mobilisation d’acteurs conduit à nous interroger sur les principes de l’organisation des parties prenantes, selon des logiques d’influence, de pouvoir (Jones 1995, 1999, Mayers 2005) et de participation. Cette analyse des acteurs de l’insertion par l’économique revient à positionner le territoire non pas uniquement comme un cadre, un contexte ou un support matériel, mais comme un acteur collectif (Palard 2007) avec lequel de véritables combinaisons opératoires se façonnent et s’organisent. Ce mode articulatoire entre acteurs hétérogènes (du territoire au bénéficiaire, en passant par l’opérateur) est analysé dans le cadre de la construction d’une politique locale d’insertion par l’activité économique.
Dans une première partie, nous présentons les bases du modèle proposé par Vaesken et Zafiropoulou (2008) comme clé de lecture pour la construction de politiques sociales locales. Cette axe revient à préciser les problématiques synergiques qui se nouent entre les différentes catégories d’acteurs concernés (les parties prenantes), mais également les modes de discussion qui existent entre le territoire, en tant qu’acteur, et les autres acteurs concernés.
A partir de cette mise en perspective, nous expérimentons ce modèle sur un territoire communautaire de 125 000 habitants du nord de la France, pour lequel le champ de l’économie sociale important et au sein duquel le volet de l’insertion par l’activité économique est fortement développé. Cette analyse est réalisée à partir d’un questionnaire administré auprès d’une vingtaine de structures d’insertion situées sur le territoire, ainsi que les acteurs institutionnels locaux.
Enfin, une dernière partie capitalise l’étude de cas de cette communauté d’agglomération et met en synergie le modèles d’innovation dans le champ de l’insertion par l’activité économique en correspondance avec les jeux et enjeux d’acteurs locaux.
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