Aujourd’hui, la question de l’avenir du système coopératif agricole se pose plus que jamais: est-il une survivance du passé ? Peut-il résister aux nouveaux modes de concurrence liés à la mondialisation (Côté 2001 ; Draperi, Touzard 2003, Koulytchizky, Mauget 2003) ? Notre proposition a pour objet spécifique d’étudier l’impact de la concurrence sur le projet et l’identité coopératifs. Notre approche est donc une approche d’économie industrielle pour laquelle on se pose la question de l’efficacité comparée des différents types d’entreprises (Maietta, Sena 2008 ; Singh et al. 2001). Ce type d’approche s’oppose à celle de l’isomorphisme institutionnel postulant que les organisations évoluant dans un même environnement ont nécessairement tendance à se rapprocher (DiMaggio, Powell 1983 ; Bager 1994). Comparativement aux autres formes d’organisation, différents travaux ont ainsi montré que les coopératives en concurrence avec des entreprises commerciales ont tendance à privilégier des stratégies plus qualitatives (Hoffman 2005 ; Filippi, Triboulet 2006).
Dans le cadre d’une mise à disposition par le Ministère français de l’Agriculture, nous nous appuyons sur les données confidentielles et quasi-exhaustive de l’Enquête Annuelle d’Entreprise depuis 1984 et de l’enquête sur les petites coopératives agricoles depuis 1995. Notre méthodologie étant celle de l’économétrie des données de panel, nous utilisons plus particulièrement les modèles de survie (Allison 1995 ; Hosmer, Lemeshow 1999) : cette approche nous permet d’identifier les facteurs déterminant la survie des coopératives et de les distinguer ainsi des autres formes organisationnelles. Nous utilisons un modèle non paramétrique (Kaplan-Meier 1958) estimant aussi bien la probabilité de disparaître que celle de fusionner, répondant ainsi aux deux questions centrales de la coopération agricole actuelle.
Deux résultats marquants interrogeant l’identité coopérative peuvent être alors mis en évidence :
la question des contours du système coopératif avec la constitution de groupes coopératifs. Si les coopératives apparaissent plus résistantes aux chocs économiques exogènes que les autres formes d’organisations (confirmant ainsi les résultats de Nunez-Nickel, Moyano-Fuentes 2004), sur les dernières années, on a toutefois assisté à un vaste mouvement d’hybridation des statuts et de filialisation des activités par les coopératives auprès de sociétés coopératives ou commerciales (Filippi et al. 2006).
la disparition continue des petites coopératives sur les 20 dernières années : près de la moitié des coopératives de moins de 10 salariés ont en effet disparu. Ceci est particulièrement le cas dans le secteur viticole et dans celui du commerce de fruits et légumes. Toutefois cela renvoie à deux dynamiques différentes : une logique de concentration continue dans le cadre de la production de vin (plus ouverte à la concurrence internationale), une logique de faillite dans le commerce de gros, les coopératives disparaissent en raison de la part croissante des entreprises privées de distribution.
Références
Allison P. (1995) Survival analysis using SAS, Cary, SAS Publishing.
Bager T. (1994) “Isomorphic Processes and the Transformation of Cooperatives”, Annals of Public and Cooperative Economics, 65(1): 35-57.
Côté D. (2001) Les holdings coopératifs : évolution ou transformation définitive ?, Bruxelles, De Boeck Université.
DiMaggio P.J., Powell W. (1983) “The iron cage revisited” institutional isomorphism and collective rationality in organizational fields”, American Sociological Review, 48 (1983), 147-60.
Draperi J.F., Touzard J.M. (eds) (2003) Les coopératives entre territoires et mondialisation, Paris, L’Harmattan, Les Cahiers de l’économie sociale.
Filippi M., Frey O., Triboulet P., Vivensang J. (2006) “Bilan des lois de 1991 et 1992 et gouvernance des groupes coopératifs”, Rapport pour le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche.
Filippi M., Triboulet P. (2006) “Typologie des comportements à innover des coopératives agricoles”, Economie Rurale, 296 : 20-38.
Hoffmann R. (2005) “Ownership structure and endogenous quality”, Journal of Agricultural & Food Industrial Organization, 3(8).
Hosmer D., Lemeshow S. (1999) Applied survival analysis, New York, John Wiley & Sons.
Kaplan E., Meier P. (1958) “Non-parametric estimation from incomplete observations”, Journal of the American Statistical Association, 53(282): 457-481.
Koulytchizky, S., Mauget, R. (2003) “Le développement des groupes coopératifs agricoles depuis un demi-siècle,”, Revue internationale de l’économie sociale (RECMA), 287 : 14-40.
Maietta O., Sena V.(2008) “Is competition really bad news for cooperatives ?”, Journal of Productivity Analysis, 29: 221-233.
Nunez-Nickel M., Moyano-Fuentes J. (2004) “Ownership structure of cooperatives as an environmental buffer”, Journal of Management Studies, 41(7): 1131-1152.
Singh S., Coelli T., Fleming E. (2001) “Performance of Dairy Plants in the Cooperative and Private Sectors in India”, Annals of Public and Cooperative Economics, 72(4): 453-479.