La responsabilité sociale de l’entreprise devient un phénomène de fond qui ne peut laisser indifférent les banques coopératives françaises et européennes. Les banques coopératives en France représentent 60 % des dépôts, et en Europe 20 % de parts de marché, 140 millions de clients, 700 000 salariés. Souvent appréhendé commun simple outil de communication, parfois considéré comme une forme de résurgence d’un capitalisme paternaliste (Piore et Sobel, 2008), la RSE peut aussi être abordée comme un outil de spécification institutionnelle de l’identité coopérative contribuant à expliciter le modèle coopératif (Richez-Battesti, Boned, 2008). La RSE, dans sa dimension stratégique, contribuerait alors à l’explicitation d’un avantage compétitif issu du modèle coopératif, dès le moment ou des indicateurs originaux de caractérisation et d’évaluation de la RSE seraient élaborés. D‘un point de vue théorique, nous cherchons dans cet article à la fois à montrer comment les banques coopératives s’approprient progressivement la RSE (Baret, 2007) et comment elles conquièrent ainsi une rente de monopole, à l’origine d’un avantage compétitif. D’un point de vue plus appliqué, il s’agit de poser les premiers jalons d’un référentiel de RSE appliqué aux banques coopératives. Au milieu des années 2000, les démarches des banques coopératives françaises et européennes étaient surtout influencées par les critères RSE classiques suivant les référentiels GRI ou Global Compact. En ce sens la RSE arrivait comme un élément externe auquel il fallait se conformer en adoptant des comportements mimétiques (Di Maggio et Powel, 1983). Loin de faire progresser les critères, elles ont alors eu tendance à les prendre et les appliquer directement à leur réalité, oblitérant fortement leur propre identité. Cela a été rendu possible par une absence de volonté de promouvoir les spécificités identitaires et par un comportement d’isomorphisme mimétique. Cependant à la banalisation de la pratique des référents succède aujourd’hui une réelle réflexion sur des indicateurs capables de promouvoir l’identité coopérative au travers d’une démarche RSE. Nous devrions ainsi obtenir un enrichissement et un élargissement de l’approche de la RSE et une affirmation identitaire forte des coopératives à travers l’appropriation de cette démarche.
Nous proposons donc dans cet article de réaliser un référentiel d’indicateurs RSE visant à la promotion de l’identité coopérative de ces organisations. Dans un premier temps nous posons le cadre analytique de notre réflexion (théorie des parties prenantes et approches cognitivistes). Puis nous identifions les trois périodes qui amènent les banques coopératives d’une position de désintérêt, à une approche mimétique pour finalement commencer à développer une démarche d’appropriation et de spécification d’indicateurs. Enfin, nous présentons les indicateurs que nous avons élaborés en nous adossant aux principes fondateurs de l’ACI en 1995.
D’un point de vue méthodologique, nous mobilisons à la fois des données textuelles issues des différents rapports d’activités des banques coopératives et non coopératives en Europe (27 au total), les résultats d’entretiens que nous avons pu mener dans les 15 derniers mois, ainsi que des données issues d’observations participantes dans le cadre de réunion françaises ou à l’échelon européen. Nous avons ainsi élaboré une première version de ces indicateurs que nous avons ensuite soumis à une démarche itérative et participative dans le cadre de deux instances européennes et internationales qui regroupent des banques coopératives (l’AIBC et l’EACB). C’est le résultat ainsi obtenu que nous avons formalisé.
BIBLIOGRAPHIE
ALLIANCE COOPERATIVE INTERNATIONALE, Statement on the Co-operative Identity, ICA, Site Internet de l’ACI [En ligne], in http://www.ica.coop/coop/principles.html (Page consultée le 22 août 2008). Baret P., 2007, Comprendre l’appropriation de la RSE : quel éclairages théoriques, XVIème conférence de l’AIMS, Montréal, Juin. BONED O., RICHEZ-BATTESTI N. (2008), La Responsabilité sociale de l’entreprise dans les banques coopératives européennes : Vers une affirmation identitaire coopérative ? International Congress of Cooperative Association, The Role of Co-operatives in Sustaining Development and Fostering Social Responsibility, Riva del Garda, 15-18 octobre. CAPRON M. (2005) Les nouvelles responsabilités sociales de l’entreprise : de quelles nouveautés s’agit-il, Revue des Sciences de Gestion . DI SALVO, R. (2003), « The governance of Mutual and Cooperative Bank Systems in Europe », Cooperative Studies, BCC Federcasse. EUROPEAN ASSOCIATION OF CO-OPERATIVE BANKS (2006), Corporate Governance Principles in Co-operative Banks, EACB. EUROPEAN ASSOCIATION OF CO-OPERATIVE BANKS (2005), Corporate Social Responsibility (CSR): The Performance of Cooperative Banks, EACB. EUROPEAN ASSOCIATION OF CO-OPERATIVE BANKS (2004), Co-operative Banks in Europe: values and practices to promote development, EACB. EUROPEAN COMMISSION (2006), Implementing the Partnership for Growth and Jobs: Making Europe a pole of excellence on CSR, Communication from the Commission, COM (2006) 136 final. EUROPEAN COMMISSION (2001), Promoting a European Framework for Corporate Social Responsibility, Corporate Social Responsibility Green Paper, COM (2001) 366 final. PORTER M.E., KRAMER M.R., Strategy et Society : the link beetween competitive advantage and corporate social responsibility, Harvard Business Review, HBR Spotlight, dec. POSTEL N., SOBEL R. (2008), La RSE : nouvelle modalité de la dé-marchandisation : une lecture à partir de Karl Polanyi, Communication au 3eme Congrès du RIODD, ESDES, Lyon, 5-6 juin. RICHEZ-BATTESTI N., BONED O. (2008), Les banques coopératives et la RSE : vers l’explicitation de leurs spécificités ? une analyse exploratoire, Communication au 3eme Congrès du RIODD, ESDES, Lyon, 5-6 juin. RICHEZ-BATTESTI N., GIANFALDONI P. (2006), Les banques coopératives en France, le défi de la gouvernance et de la solidarité, l’Harmattan. ROUSSEAU, A. (2004), La banque mutualiste : d’un héritage embarrassant à une identité commerciale différente », in Exclusion et liens financiers, Rapport du Centre Walras, Economica, pp. 303-326. RUBINSTEIN M. (2006) Le développement de la RSE : une analyse en terme d’isomorphisme institutionnel, Revue d’Economie industrielle, n°113, 1er trimestre, pp. 83-105. SAPOVADIA V. K. (2008), Cooperative social responsibility audit: strategy or compulsion? The emerging rend of India cooperatives”, ICA Research Conference 2008, “The Role of Cooperatives in Sustaining Development and Fostering Social Responsibility”, 15-18 October, Riva del Garda, Italy. SPASSOVA P., GEORGIEV Y., MARINOV K., PANAYOTOVA M. (2007), Reporting on Corporate Social Responsibility (CSR) by the Forty Largest Listed Companies In Bulgaria, Economic Policy Institute Sofia.